Le Consulat général de France à Québec a 150 ans; la Commission franco-québécoise sur les lieux de m
 
Photo : Albert Weber
Photo : Albert Weber
Les panélistes Marcel Masse, Christian Rioux, Jean-Paul l’Allier, Alain Bideau, François Turenne.
Au-delà de l’histoire d’un poste diplomatique, qui migra pendant quelques années à Montréal, les 150 ans du CGF illustrent éloquemment l’évolution et l’affirmation d’une relation « particulière » entre la France et le Québec, relation devenue « directe et privilégiée » depuis les années 60. L’action du Consulat s’est développée et modulée selon les circonstances de chaque époque, avec des périodes fastes et d’intenses activités auxquelles succèdent des intermèdes plus difficiles reliés aux contextes sociopolitiques du moment.

Pour commémorer cet anniversaire, la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs (CFQLMC), coprésidé par M. Pierre-André Wiltzer (France) et M. André Dorval (Québec), a réuni plus de 170 participants au Musée de la civilisation, à Québec, le mardi 8 septembre dernier, en présence de la nouvelle Consule générale de France à Québec, Mme Hélène Le Gal et du maire de Québec, M. Régis Labeaume.

Le dernier atelier, portant sur les perspectives d’avenir, allait donner le ton sur ce nouveau relais que l’on souhaitait voir prendre par la société civile. Le réseau des Associations Québec-France et France-Québec, bien représenté par plus de 60 participants sur 170, allait y trouver son compte.
Photo : Stéphanie Blanchet
La maison Kent; les bureaux du Consulat.

Photo : Gilles Durand
Photo: Albert Weber
Samy Mesli
 
Dès neuf heures et pour le reste de la journée, douze conférenciers, diplomates (certains par vidéo), hauts fonctionnaires, historiens, professeurs, représentants engagés de la société civile, journaliste, se succèdent pour dresser le portrait de cette histoire unique. On y entendra notamment, Jean-Paul Lallier, Marcel Masse, Jacques Lacoursière, Jacques Porte, François Turenne.
De la fondation de Québec aux visites de la corvette La Capricieuse et du général de Gaulle
De la fondation de Québec en 1608 à la conquête anglaise en 1760, point n’est besoin de consul ou d’ambassadeur : deux peuples, un même gouvernement, une même aventure entre Français de France et Français d’Amérique. Le traité de Paris de 1763 les éloigne l’un de l’autre sans briser totalement le lien qui les relie. Les Québécois doivent attendre des modifications au contexte international – une plus grande liberté commerciale sur les mers et l’alliance de leur ancienne mère patrie avec l’Angleterre – pour une reprise de contacts plus suivis et soutenus. C’est ainsi qu’en 1855, ils accueillent dans l’enthousiasme le commandant Belvèze de la corvette française La Capricieuse; en 1859, arrive un envoyé de la France en la personne du premier consul Charles-Henri-Philippe Gauldrée-Boileau. À l’époque, l’État français fait preuve de prudence et agit avec circonspection dans ses rapports avec le Québec, devenu colonie britannique, pour ne pas s’aliéner son alliée, la Grande-Bretagne. Plus tard, en 1867, il devra tenir compte du statut du Québec comme État fédéré rattaché à un État central chapeautant des provinces à majorité anglophone. N’importe, les bases sont jetées au plan commercial. En 1882, le Québec répond en nommant à Paris, Hector Fabre, comme agent commercial et financier.

Au début des années 60, de nouveaux événements se produisent. Du côté européen, le chef de l’État français, le général de Gaulle, refuse l’entrée de la Grande-Bretagne, trop liée aux États-Unis, dans la Communauté économique européenne. Cherchant des appuis, de Gaulle se tourne tout naturellement vers des États qui possèdent une affinité de langue et de culture avec la France. Le Québec, les « Français du Canada » comme il aime les appeler, sont tout désignés. De ce côté-ci de l’Atlantique, le Québec entre dans sa révolution tranquille. D’une province timide dans l’exercice de ses compétences notamment en matière d’éducation – laissées en grande partie aux mains du clergé et des communautés religieuses –, il assume davantage son rôle d’État, soucieux d’améliorer le sort des Québécois tout en protégeant leur langue et leur culture. Dans le but de profiter de l’expertise d’autres gouvernements francophones, il met tout en œuvre pour établir des contacts directs avec ceux-ci dans ses champs de compétence, sans passer par Ottawa. Pour ce, le gouvernement québécois a besoin au premier chef de se rapprocher de la France : en 1961, il établit la Maison du Québec à Paris qui devient en 1964 la Délégation générale du Québec à Paris.

C’est dans un tel contexte que le général de Gaulle profite de l’exposition universelle de 1967 pour faire une visite au Québec sans passer d’abord par Ottawa. Il est accueilli triomphalement le long de son parcours sur le chemin du Roy entre Québec et Montréal. Croyant que le Québec accédera un jour ou l’autre à la souveraineté, il lance du balcon de l’hôtel de ville de Montréal le fameux « Vive le Québec libre! ».
L’après de Gaulle jusqu’à aujourd’hui
Le chef de l’État français, le général de Gaulle, ne s’en tient pas qu’aux mots. Des gestes concrets sont posés à la suite de sa visite. Le Consulat de France à Québec est élevé au rang de quasi-ambassade. Il acquiert une fonction politique : doté de services complets de presse, d’information et de coopération, il peut communiquer directement avec les gouvernements québécois et français sans passer par l’ambassade à Ottawa. En 1980, il emménage dans une nouvelle résidence témoin de l’aventure du peuple québécois en Amérique, la maison Kent. L’élan est donné. La venue au Québec du général entraîne de nombreux accords de coopération, notamment en matière d’éducation et de formation des jeunes et de la main-d’œuvre. Des organismes de coopération et d’échanges voient le jour, notamment l’Office franco-québécois pour la jeunesse. D'autres organismes contribueront ultérieurement à la vitalité de cette coopération : les Associations Québec-France et France-Québec, la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoires communs, le Conseil franco-québécois de coopération universitaire et son ancêtre, le Centre de coopération interuniversitaire franco-québécoise, etc.
La société civile appelée à prendre le relais
Un débat animé sur les perspectives d’avenir de la relation franco-québécoise a clôturé le colloque.

Les conférenciers de cette dernière table ronde ont revendiqué avec conviction le rôle important de la société civile et de la coopération franco-québécoise pour l’avenir de la relation franco-québécoise. Pour Marcel Masse, l’avenir de la relation franco-québécoise passe désormais par la coopération. Les politiques ne sont plus les seuls acteurs, il y a depuis 20 ans un renversement des rapports entre les uns et les autres. Il explique : « Ce sont des questions très précises qui doivent être autour de la table. (…) On a un certain problème de relation avec la population : on peut décider que c’est bon pour elle, mais à quelque part en démocratie on doit aussi demander à la population si c’est bon pour elle, pour au moins lui donner l’impression qu’on l’a prise en compte. Dans ce sens-là, on a des relations avec l’ensemble de la population : ce sont les Associations Québec-France et France-Québec. »

De son côté, Christian Rioux, correspondant au Devoir, constate depuis quelques années que l’intérêt des jeunes québécois pour la France n’est plus le même. « Avec les années, je pense que ce rapport s’est inversé. J’oserais même dire que c’est aujourd’hui la France qui est de plus en plus demandeuse d’échanges, de liens avec le Québec. En témoignent les six ou sept mille étudiants français qui envahissent les universités québécoises. (…) alors qu’il y a à peine 1 000 étudiants québécois en France; chiffre qui m’apparaît tout à fait anormal quand on pense au rôle que joue la France ». Les universités françaises peinent à restaurer leur image. On efface la France pour l’Europe ou ailleurs. Or, la France est essentielle à l’identité culturelle québécoise. « Je ne vois plus beaucoup de domaines où la France et le Québec n’ont pas développé de connivence, de complicité. On a parlé du cinéma, on a dit qu’il avait des lacunes, je m’apprêtais à dire que c’était l’exception, mais je suis tombé sur des chiffres du Centre National de Cinématographie qui montre la progression surprenante du cinéma français au Québec. »

Plusieurs voient par ailleurs dans la coopération franco-québécoise portée par la société civile, des occasions plus concrètes de rejoindre les jeunes générations, d’être à l’écoute des sociétés et de s’engager dans la poursuite des relations franco-québécoises. Marcel Masse le paraphrase ainsi: « La coopération France-Québec est de l’oxygène nécessaire au maintien et au développement d’une nation de langue française en Amérique du Nord et cela ne peut se réaliser qu’avec une adhésion éclairée et forte de la population. »

La coopération franco-québécoise est aujourd’hui appelée à s’afficher.
 
Hélène Le Gal, assure les participants qu’à l’exemple de ses 34 prédécesseurs, elle continuera d’être à l’écoute du gouvernement du Québec et des Québécois. Tous pourront compter sur son appui de même que sur celui du personnel du Consulat pour se rapprocher de la France et collaborer avec celle-ci.
Lancement de deux ouvrages
Un numéro spécial (no 99) de la revue Cap-aux-Diamants consacré en partie aux 150 ans du Consulat général de France à Québec de même qu’un répertoire sur support électronique des actes de baptême, mariage et sépulture des membres de la communauté française en sol québécois enregistrés au Consulat.
Photo : Gilles Durand

De gauche à droite : André Dorval, coprésident de la CFQLMC, Hélène Le Gal, Consule générale de France et Pierre-André Wiltzer, coprésident de la CFQLMC.
Créer un site avec WebSelf
© Association Québec-France 2008